JEAN MAYODON (1893-1967)
Né à Sèvres en 1893, Jean Mayodon grandit dans un environnement artistique propice à l’éveil de sa vocation. Son père, administrateur général du Bon Marché et artiste amateur, peintre et sculpteur, lui transmet très tôt le goût des arts et lui assure une solide formation pratique. Après un séjour à Londres chez un tapissier décorateur, il entre en 1910 dans la maison de décoration Felz, où il se consacre à la copie et à la restauration de peintures et de lambris anciens.
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Parallèlement, il fréquente à Sèvres l’atelier du graveur Bracquemond, où il côtoie certaines des grandes figures artistiques de son temps : Rodin, Bourdelle, Monet, Gauguin, Henri Cross, ainsi que la danseuse Isadora Duncan, dont il retranscrira plus tard les mouvements dans ses décors céramiques. Mais Mayodon réalise ses premiers essais sur faïence chez un ami céramiste et, en 1912, il construit son propre four dans l’atelier familial, qu’il conservera toute sa vie.
Après la Première Guerre mondiale, sa carrière prend un tournant décisif. En 1919, il expose une vingtaine de céramiques au musée Galliera. Séduit par la richesse décorative et chromatique des faïences orientales, Mayodon adopte la faïence fine comme principal support d’expression. Repéré par le marchand-éditeur Rouard, qui soutiendra son travail jusqu’à la fin de sa vie, il participe en 1920 à une exposition à la manufacture de Sèvres ainsi qu’au Salon de la Société des artistes décorateurs. En 1921, il obtient une bourse de voyage au Salon d’Automne. L’Exposition internationale de 1925 lui vaut un diplôme d’honneur, et en 1927 il est nommé membre du conseil d’administration de l’Institut céramique français.
Dans les années 1930, Mayodon élargit sont activité à la décoration architecturale, qu’il réalise principalement en grès émaillé, notamment pour des piscines, fontaines et grands vases de jardin. En parallèle, il poursuit une œuvre de céramiste de chevalet. Il est nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1931, puis promu officier en 1954. Conseiller artistique à la manufacture de Sèvres en 1934, il en devient le directeur entre 1940 et 1942.
Mayodon conçoit lui-même ses formes, largement inspirées de l’Antiquité grecque et étrusque, et maîtrise l’ensemble du processus créatif : décor et cuisson. Il confie toutefois le tournage de ses pièces, de 1930 à 1966, à René Auburtin, l’un des meilleurs tourneurs de la manufacture de Sèvres. Son œuvre témoigne d’une culture artistique étendue, qu’il revendique lui-même : fasciné par les arts persans, égyptiens et grecs, les fresques italiennes, il voue également une admiration particulière au céramiste Jean Metthey, qu’il considère comme un maître de la couleur et de l’or.
À l’exception de ses réalisations monumentales en grès émaillé, Mayodon fait de la faïence fine son médium de prédilection. Ses décors peints, presque toujours rehaussés ou voilés d’or, résultent de cuissons successives et de procédés techniques complexes qui confèrent à ses œuvres une richesse et une profondeur exceptionnelles. Ses vases, coupes et plats, inspirés de l’Antiquité, évoquent par leur somptuosité les étoffes précieuses brodées d’or et de soie.
Son univers décoratif est peuplé de figures en mouvement : nus féminins, danseuses, animaux stylisés. Ces motifs traduisent un goût affirmé pour la peinture autant que pour la sculpture, disciplines qu’il pratique conjointement. Son sens aigu des volumes et du rythme le conduit également à concevoir des plaques décoratives, des ornements en ronde-bosse et même des éléments de mobilier, véritables sculptures émaillées et dorées.
Il collabore ainsi avec de grands décorateurs tels que Ruhlmann et Jallot, et certaines de ses créations, aux couleurs précieuses évoquant le jade ou le turquoise, trouvent également leur place dans les œuvres d’orfèvrerie de Jean Després. Par ailleurs, il réalise de nombreux carreaux décoratifs pour des salles de bains de luxe, où se manifeste, comme dans l’ensemble de son œuvre, l’influence constante de l’art antique, et en particulier des vases grecs.
Jean Mayodon apparaît ainsi comme un céramiste profondément peintre, dont l’œuvre est servie par une maîtrise technique remarquable.


